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La lacto-fermentation : conserver et consommer différemment les légumes

« Contrairement à la conservation par le froid (surgélation, congélation) ou à la chaleur (stérilisation), la lacto-fermentation ne nécessite aucune énergie et ne détruit pas les nutriments. Elle fournit ainsi un aliment de haute qualité nutritive à moindre coût financier et écologique ».

Sous ce nom inquiétant se cache une réalité bien connue, du moins sous une de ses for­mes : la choucroute! On raconte qu'elle aurait été découverte par hasard. Des Chinois (décidément ils sont à l'origine de bien des inven­tions!) chargés de construire la Grande Muraille auraient apporté des provisions de choux dans des jarres. Surpris par la neige et par un froid intense, ils auraient quitté le campement pour aller se réfugier dans un village voisin. Le mauvais temps continuant, le chantier aurait été laissé à l'abandon plusieurs semaines. A leur retour, les ouvriers s'attendaient à trouver leurs provisions moisies. Qu'elle ne fut pas leur surprise en enlevant la couche de neige glacée qui les recouvrait. Non seulement elles ne sentaient pas mauvais, mais elles étaient appétissantes et bon­nes à manger ! La neige, en tombant dessus puis en gelant, avait formé un couvercle hermétique qui les avait protégées de l'oxydation.C'est avec ce principe de conservation en milieu anaérobie, c'est-à-dire en l'absence d'oxygène, que les légumes fermentent et produisent de l'acide lac­tique. D'où le nom de lacto-fermentation, (il ne s'agit nullement de faire intervenir le lait !). Plus riches en sucres, des fruits traités de la même façon entrent en fermentation alcoolique. On utilise ce procédé pour la fabrication de la bière, du vin ou du pain. Un troi­sième type de fermentation est celui qui transforme l'alcool en acide acétique, principal constituant du vinaigre.

Plus nutritif que du frais
L'intérêt de la lacto-fermentation sur le plan énergétique est que l'acide lactique empêche le développement des moisissures sans cuisson ni stérilisation. Le milieu devient rapidement stérile. La pasteurisation ou l'appertisation (conserves classi­ques) nécessitent de la chaleur et seule une ébullition longue détruit les germes et bactéries pathogènes. Pas besoin non plus d'utiliser de l'énergie pour refroidir les légumes et les maintenir gelés jusqu'à la consommation. Le froid de la neige gelée des Chinois constructeurs de la Grande Muraille ne joue aucun rôle, la lacto-fermentation s'opère à température ambiante, l'obstruction du récipient est en revanche essentielle.Sur le plan nutritionnel, la transformation qui s'opère dans les aliments soumis à la lacto-fermentation s'apparente à une pré-digestion. Les légumes deviennent plus digestes que ceux consommés frais, crus ou cuits. Finis les ballonnements et flatulences ! L'acide lactique « fournit des sucs digestifs, régularise l'acidité gastrique, stimule la décomposition des protéines et l'assimilation du fer ». Enfin, cerise sur le gâteau, le processus assure non seulement une bonne conservation des vitamines présentes dans les légumes, mais il permet la synthèse de nouvelles vitamines (notamment B et C). L'aliment lacto-fermenté se retrouve, au bout de quelques jours et pour longtemps, plus nutritif que s'il avait été consommé frais ou conservé dans d'autres conditions.Si vous aimez le petit goût aigrelet de la choucroute, vous apprécierez celui des carottes, navets, fenouils, choux-fleurs, haricots verts, tomates, poivrons, courgettes, concombres, betteraves rouges, etc...

De la théorie à la pratique
La plupart des légumes se prêtent à la lacto-fermentation, à condition d'être issus de cultures naturelles. « Une des principales causes d'échec est l'utilisation de légumes ayant subis des traitements chimiques ». Il en va de même pour les aromates que vous pouvez ajouter (ail,aneth,coriandre,cumin,estragon,feuilles de cassissier, griottier, framboisier, genièvre, laurier moutarde, piment, raifort, thym, sarriette..). Les légumes qui contiennent peu d'eau de végétation nécessitent un ajout aqueux, utilisez de l'eau de source (pas en bouteille !), ou « de l'eau du robinet (dans ce cas laissez-la reposer une nuit ou faites-la bouillir quelques minutes pour que le chlore s'évapore) ». Ceux qui en contiennent beaucoup auront tendance à ramollir s'ils sont conservés plus d'un mois.

Technique de fermentation lactique :
NB : La gestion de la température et la préparation d'un milieu sans oxygène sont essentielles à la réussite de la fermentation lactique.Matériel : bocaux en verre à vis, bocaux à joint, ou pots à joints d'eau (ces derniers, certes spécialement conçus pour la fermentation lactique car ils laissent le gaz carbonique s'échapper sans laisser rentrer d'air, n'ont cependant rien d'indispensable).
Ingrédients :
-
Tout légume, sec ou juteux, de préférence issu de culture sans engrais ni pesticide.
-
Sel : entre 0,5% et 1,5% du poids total des légumes par bocal
- Aromates (facultatifs)

Préparation de base à toute fermentation :
Réduire les légumes épluchés puis râpés ou coupés.
Les mélanger au sel et aromates.
Remplir le récipient en tassant les légumes. Couvrir d'eau jusqu'à un centimètre du rebord.
Fermer le récipient. (cf. Trucs et astuces)
Notez qu'il existe de nombreuses recettes qui peuvent varier selon les légumes.
Vous pouvez également préparer une saumure (30 g de sel par litre) : Vous disposez les légumes (coupés ou non) dans le bocal et vous les recouvrez de saumure jusqu'au rebord.
La fermentation :
La phase de pré-fermentation correspond aux deux premiers jours pendant lesquels les bocaux (couvercles non serrés) doivent être conservés à une température comprise entre 15 et25°C à l'abri de la lumière. La fermentation peut alors démarrer. Cette phase passée, il faut bien resserrer les couvercles et disposer les bocaux dans un endroit frais (température entre 0 et 10°C).

TRUCS ET ASTUCES
Fermeture des bocaux :
pendant les deux premiers jours de fermentation, surtout ne pas fermer hermétiquement le couvercle de votre bocal ! La fermentation expulse l'air contenu dans le pot... et cette pression pourrait faire exploser votre bocal ! Ce n'est qu'après qu'il faut bien serrer le couvercle.Le sel : le jus des légumes sortira mieux si le sel est déposé avant au fond du bocal !
Combien de temps ? vous pouvez, pour les plus curieux, déguster vos légumes dès la fin du premier mois de conservation. Ce n'est qu'une question de goût : les légumes lacto-fermentés jeunes sont plus croquants mais en les consommant plus tard, (jusqu'à un an),leur saveur s'affine.

Michèle Beaudoin.
avec l'aimable autorisation de "l'âge de faire" numéro 8 - p.6 mars 2007

 

 

 

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