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L'aliment
irradié
Méconnue du
public, la technique de l'irradiation permet de conserver plus
longtemps des aliments frais en apparence et donc de les
transporter, sans dégât visible, de plus en plus loin. Mais à
quel prix ?
Envie de fraises en février ? Nul besoin d'être enceinte pour voir ses désirs exaucés ! Avec les « progrès » de
l'agriculture, n'importe
quel aliment est devenu
cultivable n'importe où,
n'importe quand... Et surtout transportable d'un bout à l'autre de la planète. Légumes et fruits ont de moins en moins de goût, de saveur et de vitamines. Comme si cela ne suffisait pas, l'irradiation permet aujourd'hui de prolonger encore
la durée de conservation des
produits. « Pendant quinze jours, des fraises sembleront toutes fraîches, sans l'être forcément », explique Roland Desbordes, président de la Crii-Rad (1). « En apparence, le produit ne change pas, pourtant, les modifications sont profondes. » L'irradiation transforme en effet la structure moléculaire des aliments. Ceux-ci sont soumis soit à des rayonnements gamma, issus d'une source
hautement radioactive (cobalt 60 ou césium 137), soit à un bombardement d'électrons. « Les molécules sont coupées en
morceaux par l'énergie du rayon gamma. C'est cela qui tue les germes qui font évoluer, voire pourrir, le produit. Mais c'est cela aussi qui détruit les vitamines », souligne Roland Desbordes.
Molécule cancérigène
Développée
depuis la fin des années
1980 par l'industrie nucléaire
et les multinationales de l'agro-alimentaire,
l'irradiation est
présentée comme une solution
miracle aux risques sanitaires d'origine alimentaire (salmonellose, intoxications...). Au nom de l'hygiène, on
détruit ainsi toute vie
dans un aliment, sans s'interroger sur la possible utilité des micro-organismes - insectes, bactéries, levures, moisissures - qui le peuplent et que la nature a voulus. Or, non seulement ce traitement de choc induit des carences alimentaires en tuant les vitamines, mais il pose de
nouvelles questions sanitaires : « Lorsqu'on coupe en morceaux les
molécules, on crée de nouveaux éléments, les radicaux libres, dont certains sont cancérigènes. De plus, ils sont instables : ils cherchent à se combiner pour former de nouvelles molécules. L'une d'elles, la cyclo-butanone, a
déjà été étudiée. On sait qu'elle est cancérigène. Pour les autres, on se trouve devant une grande incertitude. C'est pourquoi nous sommes pour l'application du principe de précaution », martèle le président de la Crii-Rad.
Installations dangereuses
De plus, l'irradiation constitue un danger pour l'environnement :« Utiliser une
source radioactive puissante représente un vrai risque, au même titre qu'une centrale nucléaire... Lorsque la source n'est pas utilisée, par exemple, elle est contenue dans une piscine située sous le bâtiment. Il peut
y avoir des problèmes de fuite, comme c'est arrivé dans une installation de l'Ain. Se pose aussi la question du transport de ces matières », continue Roland Desbordes. En France, il existe trois usines de radiation, gérées par la même société, Ionisos. Depuis la campagne de la Crii-Rad sur l'étiquetage des aliments irradiés, le tonnage officiel des produits a nettement diminué. Mais « on est devant une grande hypocrisie, poursuit le président de la Crii-Rad, la
réglementation change dans chaque pays ! Des produits interdits en France peuvent être irradiés en Israël et
arriver chez nous sans
étiquetage... En 2005, nous
avons effectué seulement une
centaine de contrôles sur des produits distribués. 10 % étaient non conformes. Le seul moyen, pour le consommateur, d'éviter l'irradiation, conclut-il, c'est de rester dans l'approvisionnement local. » Les fraises attendront le printemps !
Zoé
Busca
(1)
Commission de recherche et d'information indépendantes sur la
radioactivité.
Avec
l’aimable autorisation de « l’âge de faire » n°10 Juin 2007
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